Fario intentions

Fario

 

Intentions d’auteur

 

Père et fils
Il est certain que le point de départ de ce récit est né d’une volonté de transcender une certaine réalité vécue par un effet de catharsis. Mais au-delà, il s’agit, à travers une histoire singulière, de raconter de manière universelle les liens d’un père et son fils et d’évoquer le thème de l’enfance, cette part qui reste toujours en nous. Il y est question du lien infini entre les générations, puisqu’Antoine, le père, se sent constamment renvoyé à lui-même, à sa propre enfance qui l’obsède et au manque de son propre père ce qui l’a toujours empêché de pouvoir remplir son rôle vis-à-vis de Gaspard. Antoine se pense donc coupable de la dérive dans laquelle s’est installé son fils et il se sent soudain dans l’obligation de devenir un modèle pour lui. Antoine doit alors chercher des solutions du côté de son propre père, qu’il a peu connu enfant.

C’est seulement devenu jeune adulte qu’il a commencé à avoir des échanges avec lui, en particulier à partir de son œuvre traitant de mystique et de philosophie. À travers les  trois générations, il est donc question de ce qui s’est transmis bien sûr  ou en train de se transmettre mais aussi de ce qui a disparu, comme cette évolution du savoir à travers les livres et ce que cela implique dans la manière de vivre. Le père d’Antoine incarnait l’humanisme au sens de la Renaissance et avait une culture générale exceptionnelle. Antoine, qui a été attiré par cette culture pour mieux approcher ce père mystérieux s’en toujours senti complexé. Il est devenu certes cinéaste à sa manière mais n’est jamais parvenu à s’imposer. Et Gaspard, lui, ne vit qu’avec les images actuelles de l’internet et la transmission orale en particulier avec ses amis. Il n’est bien sûr point de jugement moral sur cette question, juste une manière de percevoir de manière cinématographique un glissement des imaginaires sur trois générations.

Des ruptures de tons
Le dramatique et le réalisme des premières images pourraient donner à penser que l’histoire qui va se dessiner va l’être tout autant.

En fait, dès que l’on quitte la ville et que l’on arrive dans la nature somptueuse, il y a une rupture de ton passant du drame réaliste à une comédie décalée. Le principe du burlesque nourrit le drame sous-jacent en faisant disparaître la dimension purement psychologique au profit de ce qui s’impose, ce qui fait rire.

L’intention des premières séquences dramatiques est donc de servir de point d’ancrage à une vérité sociale et urbaine d’une certaine jeunesse aujourd’hui. Ces images violentes permettent une mise de fuite en avant de l’action qui va s’opérer. Devant un tel drame, le désarroi s’installe et Antoine trouve la seule solution qui lui semble évidente : emmener son fils loin de tout ça pour le sauver.

Ce mouvement s’accompagne chez lui également de la prise soudaine de conscience de tous ses manques vis-à-vis de son fils. Il souhaite profiter de ce choc pour rattraper le temps perdu en lui proposant une autre représentation du monde, en lui ouvrant les portes de sa propre perception de l’humanité nourrie par celle de son propre père. Il le fait avec beaucoup de sincérité mais aussi beaucoup de maladresse, d’où les situations cocasses au ton décalé, de comédie burlesque.

Ensuite, un nouveau glissement s’opère à travers Antoine, toujours en quête d’une partie de sa propre enfance et des rapports avec son père. Des visions apparaissent, à la limite du cinéma fantastique, voire féérique.

En fin de récit, rattrapés par les événements parisiens et l’arrivée de Théo, les personnages s’enfoncent dans un périple où ils accèdent à une certaine dimension spirituelle. Dans les ténèbres de la nuit, la rivière devient omniprésente révélant la part mystérieuse de chacun. Elle est tantôt menaçante et angoissante, tantôt salvatrice et rédemptrice. Les visions subjectives et le réel s’entremêlent, le passé ressurgit se confondant avec le présent.

Le prisme de la fario
Le prisme de la fario permet de générer un récit oscillant entre réalisme et métaphore symbolique. La quête de cet animal nous emporte vers et dans la rivière, le lieu où se nouent tous les enjeux entre le père et son fils. La rivière a une dimension sacrée tout comme l’animal lui-même. Une opposition est d’ailleurs faite entre la truite élevée, qui est un produit de consommation et celle, de souche, qui a une dimension spirituelle.

La fario permet également de parler de cinéma par le métier d’Antoine, cinéaste animalier. On sent l’ambition qui est la sienne dans la manière dont il tourne son film. Il est lui aussi en quête de la bonne prise, du grand film qu’il imagine toujours. Antoine profite de ce tournage pour, tel un artisan, faire « passer » son métier à son fils.

Gaspard veut certes lui aussi en faire son métier, mais surtout pas comme son père. Le comique de répétition sur son obsession pour Scorsese permet de montrer son besoin de s’identifier à quelqu’un qui semble connaître son univers mieux que personne. Gaspard  vit dans un monde de violence qu’Antoine ignore totalement. La aussi, le thème de la paternité se prolonge dans le fait de chercher un ou des pères symboliques.

Trois époques
Trois époques se confrontent sur les trois générations. Mais, c’est surtout celle d’Antoine et celle de Gaspard qui s’opposent en révélant ainsi deux jeunesses. Le nœud se situe à 17 ans, l’âge de Gaspard actuel et également celui d’Antoine où s’est accompli un acte fondateur lié à son propre père, celui de le rencontrer à travers ses livres.

Ces trois époques sont mises en opposition, bien sûr par le langage, les manières de se comporter mais également par les décors et objets. Par exemple, le principe de la moto d’Antoine (qui rappellera les années 70) s’oppose au scooter de Gaspard très actuel. L’ordinateur de montage qui semble incongru dans le bureau-bibliothèque du père d’Antoine, les jeux video de Gaspard, son Smartphone avec lequel il fait des prises de vue, la maison de Marco véritable vestige des années soixante-dix.

 

 

Intentions de réalisation

 

Un duo d’acteur
L’axe principal de narration tourne autour du duo « père et fils ». Il s’agit donc de composer un véritable lien entre les deux acteurs qui joueront ces personnages par une évidence physique et une intériorité qui sera visible notamment par leurs regards.

Trouver cette cohérence entre ces deux acteurs sera donc essentiel car le lien du père et du fils est la base même de cette histoire.

Une simplicité rigoureuse
Ensuite, l’équipe technique sera très réduite pour permettre de jouer la même partition tous ensemble. La souplesse pour un tournage tel que je l’envisage est capital, le but étant de pouvoir être réactif à tout moment. Une grosse partie de l’action se déroule en extérieur et il sera alors souvent nécessaire de réagir en fonction d’une ambiance ou d’une lumière données. Également, dans l’élaboration du jeu des acteurs, la vélocité d’une équipe légère permettra de ne pas perdre certaines humeurs ou certains états intérieurs, parfois très volatils, chez un jeune acteur par exemple. Cette simplicité apportera la rigueur nécessaire à l’ambition de ce projet en nous autorisant, si cela s’impose, de modifier la réalisation anticipée de certaines séquences tout en gardant l’intention initiale.

Cette économie de moyen, au-delà de l’aspect purement financier, permet, de manière paradoxale, de se donner du temps pour permettre d’obtenir quelque chose d’indicible qui doit se nouer dans cette relation très complexe entre ce père et son fils.

Une épure
Le principe du huis clos se joue ici dans une grande nature belle et sauvage. Il y a peu de personnages, l’essentiel étant concentré sur les rapports père et fils, Antoine et Gaspard.

Dans cette même direction, il y a une volonté d’épure dans la mise en scène, quelque chose qui appartient au conte et que l’on devra ressentir dans la composition de l’espace filmé et de manière générale dans le travail de l’image.

Il n’y aura aucune présence humaine (figuration) autre que les personnages. Il n’y aura également aucun véhicule ou objet non désirés, à l’image comme au son, venant perturber l’image. Cet aspect d’épure scénique très théâtral permettra de mieux faire ressortir la dimension tragico-burlesque du film.

Les décors
Épure également concernant les décors.
En dehors des premières séquences parisiennes, toute l’action se déroule dans une seule région, le Jura, où je sais pouvoir obtenir tous les décors désirés.

– La maison du père où Antoine venait enfant pendant les vacances devenue la sienne. À l’intérieur, le bureau-bibliothèque du père d’Antoine révèle le thème de l’évolution de la culture livresque sur les trois générations. Il renforce l’idée d’une certaine perte du savoir humaniste et donne à voir sur ce qu’était le père d’Antoine. Son esprit est là.

– La rivière avec des lieux récurrents où se joue toute une partie de la dimension spirituelle et mystique de la narration.

– La maison de Marco, antre de la magie et d’une époque révolue, une parenthèse enchantée.

– La forêt des trolls, le lieu hiératique où repose le père d’Antoine.

L’image
Les premières scènes parisiennes appartiennent à un style de cinéma direct aux couleurs froides, à la limite du monochrome.

L’ensemble du film se déroule ensuite dans une nature sauvage et très belle. Le travail de l’image sera d’apporter une dimension presque sacrée à ces paysages. Ce sont à travers eux que passera également la palette d’émotions ressentie par les personnages.

Les jours et les nuits
Une alternance jour et nuit permet de jouer sur le temps qui passe mais aussi sur le comportement des personnages et sur ce qu’ils disent. En dehors de la 1ère séquence, le jour par essence sera lumineux, apparemment limpide, plein d’espoir. La nuit sera parfois inquiétante, magique et nostalgique. Que ce soit la maison d’Antoine ou la rivière, ces lieux prendront une toute autre dimension, voire opposée, suivant l’éclairage. La rivière de la petite montagne où se déroule le périple de recherche de Gaspard de nuit aura déjà été bien repérée par la séquence de jour de prises de vue sous-marines. Le lieu est déjà connu mais la nuit le transforme et nous perd peu à peu dans ce qu’elle induit de mystérieux.

Ce travail de contraste est capital dans le rythme du récit et permettra de renforcer tous les états intérieurs des personnages.

Enfin, concernant la saison, elle sera celle des jours les plus longs, le mois de juin permettant d’optimiser la maîtrise de la lumière naturelle pour les séquences extérieures.